mercredi 7 juin 2017

Vampires en pire, par Jason Dark

Haute Tension, collection Spectres John Sinclair - Hachette

Allemagne, langue allemande, traduction en langue française.


Alors que le « Vampire express » s’ébranle, pour partir dans les lointaines contrées transylvaniennes, se glisse parmi les passagers John Sinclair, le fameux et redoutable chasseur de spectres. Il y est rejoint par le jeune Dragan Domescu, fils d’un vieil ami de notre héro, roumain d’origine. Car ce qui ne semble à l’origine qu’un original voyage vers le pays des légendes s’avère bien vite être un véritable piège pour tous les passagers de ce train qui porte si judicieusement son nom…

Fermeture des portes imminent. Les voyageurs sont invités à rejoindre leur cabine afin de faire ce voyage en compagnie de monstres assoiffés de sang et ce, durant 150 pages…
Nous sommes pour cette petite virée accompagnés par John Sinclair, qui a bien entendu pris soin d’embarquer avec son attirail fétiche (crucifix, pieu en chêne et Beretta à balles d’argent), mais cette fois sans son acolyte Pang Lim, inspecteur chinois et néanmoins chasseur de spectres itou. Ce dernier est déjà au terminus, muni de ses armes favorites (crucifix, pieu en chêne et Beretta à balles d’argent), à attendre que le train arrive, en compagnie d'un homme roumain dont le fils se trouve dans le train.
Le fils a pris son billet pour bouffer du vampire, avec son arme favorite (un pieu en chêne, ça lui suffit) et la ferme intention de venger sa mère, tuée par des vilains vampires dans son pays natale…
Et les vilains vampires, bien évidemment, ont eux-mêmes embarqué dans le train, soigneusement rangés dans leurs cercueils, pour aller rendre hommage à leur aïeule Lady X, jetée dans la tombe par le papa Domescu…
Il te semble, ami lecteur, que point comme une certaine ironie dans mon propos ? Judicieux et perspicace lecteur, oui, ton œil alerte et connaisseur a vu juste.
Nous sommes là avec un chef d’œuvre de stéréotypes vampiriques et d’idioties monumentales, servies par une écriture à la limite de l’indigeste. Pour accentuer le sens du rythme, surtout lors des scènes d’action, nous avons droit à des phrases courtes (cinq/six mots, pas plus), qui hachent le texte déjà si menu que cela en devient vite barbant.
Nous avons aussi droit à l’inévitable idylle, dont le dénouement est tellement téléphoné que son numéro figure en gros sur la couverture de l’annuaire !
Le tout est ponctué de scènes gores et de phrases depuis lors devenues cultes et en bonne place dans mon panthéon de la stupidité, comme ce dialogue :
 « Vous... vous voulez me tuer ?
- Tu as deviné.
- Mais... c'est impossible. Vous ne pouvez pas ! C'est un assassinat..."

Bref, heureusement que ce genre de livre se lit vite. Il n’a droit à sa chronique uniquement parce qu’il fait partie de la collection « Haute Tension »…
Quand je pense que l’ado que je fus en avait apprécié la lecture...


Jason Dark, pseudo obscur de l'écrivain allemand Helmut Rellergerd, est le créateur de John Sinclair, chasseur de spectres. Sa série compte aujourd'hui plus de 1800 titres, est adaptée en version audio, et connais une carrière internationale incroyable. Une petite visite sur ce site germanique vous fera comprendre l’ampleur de cette série mythique.

Bonus habituel, la magnifique couverture originale allemande (par Vicente Ballestar), bien plus jolie à mon gout que la version française !

Quatrième de couverture :
Je me faufilai dans le fourgon à bagages.
Les cinq cercueils étaient bien là, correctement alignés. Peints en noir, luisants et... ouverts !
Les ignobles créatures de la nuit avaient quitté leur macabre refuge pour se disperser dans le train, bien décidés à transformer tous les pauvres voyageurs en monstres avides de sang.
La partie promettait d'être rude.
Un vampire ça va, cinq vampires... bonjour les dégâts !

Vampires en pire, par Jason Dark
Hachette, collection haute tension – Chasseur de Spectres N° 234
Traduction de Monique Leiden
Titre original: Vampir-Express
Illustration de couverture : Richard Martens
Avril 1987. 150 pages
ISBN : 9782010130038


Vampires en pire est ma sixième chronique pour la collection "Haute Tension" .
Lire aussi : "Cercle infernal", "La chambre aux maléfices", "le salon de l'épouvante", "Menaces", "Sommeil de mort",

dimanche 1 janvier 2017

Nouvelle année, nouveau départ...

Voici plus d'un an que rien n'a était publié sur ce blog.

A l'heure où 2016 fait déjà partie du passé et comme on a tous laissé périr cette année sans trop de remords, il me semblait intéressant, voire important, de rédiger ce petit billet pour débuter celle qui prend la relève.
Nouvelle année, nouveau départ...
Cela résonne comme une résolution stupide, annonciatrice d'engagement pris sous le joug de liquides hautement éthyliques, mais comme je suis incapable de tenir ce genre de promesses, je préfère parler ici de projet.
Des projets personnels, j'en ai des tonnes, bien trop pour pouvoir les mener à bien comme je le voudrais.
En créant ce blog il y a plus de trois ans, je rêvais de pouvoir rédiger des dizaines de chroniques littéraires et musicales, tissées autant que faire se peut des fils conducteurs lovecraftien et plus généralement fantastique, y parler de cette passion que j'ai pour le livre.
Partager aussi parfois mes découvertes musicales, nombreuses, car le plaisir de la découverte n'a de sens que s'il est partagé avec les autres.
Il y en eu bien peu cependant, de ces chroniques, bien en deçà de mes espérances !
L'année passée, porteuse de misères tant mondiales que personnelles, fut bien triste.
Et croire que l'année encore jeune qui vient d'éclore sera meilleure serait illusoire.
Mais il me plaît de croire, car cela ne tient qu'à moi, qu'elle sera plus riche en lectures et surtout en publications ici même !
Je préciserai maintenant quelques petits points, sous forme de justification, comme s'il était nécessaire que je justifie mon silence de l'année écoulée.
J'ai lu. Beaucoup. Et de très bons livres ! Je me suis même plongé dans le polar et l'espionnage made in Fleuve Noir.
La plupart de ces lectures ont abouti à la rédaction d'une chronique. Ainsi, et même si rien n'a été publié, existe-t-il une vingtaine d'articles qui n'attendent plus qu'une relecture avant de se voir propulser à la face du monde.
Nouvelle année, nouveau départ : je vais me pencher sérieusement sur la finalisation de ces chroniques qui restent en souffrance dans les méandres des circuits électroniques et la carte mémoire de mon ordinateur. Pour les publier, enfin.
Et puis je me sens pénétré d'une frénétique envie de lire toujours plus... Ce qui devrait mener, je l'espère, à de nouvelles chroniques.
Je m'étais engagé en 2016 dans un challenge sympathique, pour lequel quelques chroniques - de celles qui dorment - avait été rédigées. Et jamais publiées, comme énoncé plus haut.
Face à ce que je considère comme un échec personnel, je me suis promis de ne plus jamais m'engager dans quelconque challenge.
Mais nouvelle année, nouveau départ : mon ami Antoine vient d'en lancer un qui m'a fait de l’œil, pour lequel il faut lire le maximum d'ouvrages que les éditions Denoël proposent dans leur collection Lunes d'encre ( pour en savoir plus sur ce challenge, lisez cet article sur son blog)
Et y participer m'est apparu rapidement évident, cette décision étant même la motivation première de la rédaction du présent billet.

 
Je poursuivrai bien évidemment ma lecture des livres de la collection Haute Tension et débuterai aussi ma plongée dans celle proposée par Oriflam, la très lovecraftienne Nocturnes
Je suis donc heureux, amis lecteurs de ce blog, de vous annoncer que je n'étais pas mort et que je reviens en force !

En guise de conclusion, je vous souhaite la meilleure année possible, qui sera ce que vous voudrez bien en faire : merveilleuse et pleine de lecture et de musique, sans aucun doute.
Rendez-vous à la fin de l'année, pour un bilan que j'espère intéressant !


mardi 3 novembre 2015

La dame blanche, par l'abbé Henri Guesdon

Office Général des œuvres, collection "Cœurs vaillants", 1934

France, langue française.

À Paris, on s’ennuie le jeudi, et l’été, ça n’est pas drôle ! Heureusement, il y a les copains et le patronage. Justement, c’est au patro qu’est jouée Chantepie, la pièce de Botrel qui raconte les aventures et les complots d'une famille à Malestroit durant le XVIe siècle. Et ce qui est chic, c’est que la recette de cette représentation va totalement financer les vacances des enfants, qui vont ainsi pouvoir partir en colonie. Tous, sauf six d’entre eux, pour qui il n’y a pas de place.
Heureusement, le bon Robert Larcher, étudiant en droit, se porte volontaire pour s’occuper d’eux. Il réussit même le tour de force de leur trouver un séjour en Bretagne, à Malestroit justement, non loin du château. Pour les jeunes garçons va alors débuter une formidable aventure, pleine de mystère, de rebondissements, de suspens, mais aussi de frayeurs dues à la légendaire dame blanche qui semble hanter les lieux…

Voici un livre d’aventure sacrément prenant !
Je dois avouer avoir pensé rédiger cette chronique juste pour avoir un prétexte au partage de la magnifique couverture avec vous. Et puis finalement, j’ai pris un tel plaisir à lire cette histoire que cette chronique est devenue évidente.
Bien, pour débuter, resituons-nous dans le contexte. Édité dans les années trente et écrit par un homme d’église, ce livre aux épaisses pages jaunies fleure bon le passé, cette époque qu’a connu nombre de nos parents, incluant mon propre père. Je n’ai pu m’empêcher, tout au long de la lecture, de me sentir dans la peau d’un gamin d’antan. Allongé sur mon lit, j’ai dévoré ce roman que j’aurais pu trouver sur les rayonnages de la petite bibliothèque du patronage qui, entre deux bibles et la collection complète de la vie des saints, proposait sans doute quelques volumes de ce genre, écrits dans le respect de l’éducation d’alors. Les pages regorgent de ces bonnes intentions propres à ce type d’ouvrage, inculquant au détour d’un paragraphe les fondamentaux de la charité et du partage, du dévouement et de l’entraide, de la force qui sommeille en nous et se réveille quand il s’agit de sauver ses copains. Des évidences à l’époque, mais ces valeurs sont tellement peu répandues aujourd’hui qu’elles paraissent désuètes, comme appartenant à une société si ancienne qu’elle semble à jamais disparue.
Ce qui constitue l’intérêt du présent livre, c’est la qualité d’écriture de son auteur. Même si les ficelles de l’intrigue sont assez classiques, il n’en reste pas moins que la construction est tellement parfaite que le suspens, distillé de main de maître, nous tient en haleine jusqu’à la fin.
Comme vous pouviez vous en douter, point de fantastique, d'irrationnel en ce récit. Il est bon de rappeler qu’il est écrit par un abbé, pour divertir les enfants des patronages. Il s’agit ici d’une enquête, dont le dénouement révèle - attention SPOILER ! - la machination élaborée par un homme désireux de toucher l’héritage de son pupille, allant jusqu’à tenter de le tuer, sous couvert de cette légende locale de la dame blanche. Ce qui est formidablement beau, c’est que ce tortionnaire pourtant prêt à toutes les infamies pour arriver à ses fins, retourne soudain sa veste au point de sauver lui-même sa victime, avant de rentrer dans les ordres ! - fin du SPOILER - Eh oui, n’oublions pas à qui était destiné ce livre, tout de même…
Je sais que personne ne lira jamais cette histoire. Ce livre fait partie des bonnes surprises que nous réservent les vides greniers : des trucs vieillots, introuvables, qui font le régal des amateurs de nids à poussière et autres savanturiers. J’ai bien conscience que personne n’ira vérifier la véracité de mes propos quant à la qualité de conteur de cet abbé Henri Guesdon. Pourtant, même s’il ne s’agit pas là d’un chef-d’œuvre absolu, si le hasard vous fait trouver ce livre sur un rayonnage ou au fond d’un carton, délestez vous de la poignée d'euros qu’il vous coûtera. Ne serait-ce que pour la petite cure de jouvence que procure la lecture de cette aventure…


Henri Guesdon, "M'sieur l'abbé Guesdon" pour les jeunes du patronage du XIVe arrondissement de Paris, fut certes homme d'église, mais aussi écrivain, homme de théâtre et cofondateur du journal Cœurs Vaillants - premier journal pour la jeunesse à avoir publié Tintin en France ! -  Sous son pseudonyme Pierre Rougemont, il a écrit bon nombre de livres pour la jeunesse et des pièces de théâtre jouées partout dans le monde. Pour en savoir un peu plus, lisez cet hommage rédigé pour les 50 ans de sa mort.

La dame blanche fut publié en feuilleton dans le journal Cœurs Vaillants entre 1929 et 1930.
Voici quelques couvertures glanées sur le web, sur le site consacré à la revue.

1er numéro, avec le premier épisode de la dame blanche
N° 28

La dame blanche, par l'abbé Henri Guesdon
Office général des œuvres, librairie l'école, collection "cœurs vaillants"
Illustration couverture : Raymond de la Nézière
Illustrations intérieures : Piro

1934. 189 pages
ISBN : -

dimanche 23 août 2015

Sommeil de mort, par Dale Cowan

Haute Tension, collection Spectres - Hachette

Etats-Unis, langue anglaise, traduction en langue française.




Jennie a quitté le sol américain pour rendre visite à sa correspondante Evelyn, en Écosse. Pendant un mois de vacances estivales, elle va pouvoir se dépayser et essayer d'oublier sa rupture avec Tim. Très vite, elle se sent bien auprès de la famille Macdonald, même si les photos qui ornent les murs de sa chambre exercent sur elle une forte impression. Cependant, ses nuits sont bientôt hantées par le fantôme de Fiona, princesse locale légendaire dont l'amour brisé l'a menée à une fin tragique. Mais pourquoi est-ce elle, jeune fille américaine, que le fantôme a choisi de hanter ? Et est-ce vraiment la première fois qu'elle se rend en Écosse, dans cette vie ou... dans une autre ?

Premier titre de la collection dans la série américaine originale, et deuxième chez nous, ce livre ouvre relativement bien la danse en proposant une histoire plutôt prenante, bien écrite et sans trop de fioritures. Oui, je l’accorde, c’est encore l’histoire d’une demoiselle qui vient de rompre avec son p’tit copain, et qui affronte le surnaturel. Mais cette histoire de revenante, aux arômes prononcés de Macbeth (oui, oui, celui de Shakespeare !) est quand même une bonne surprise.
Bonne surprise vraiment bienvenue, car après la lecture des deux livres précédents - sur quatre - de cette collection, je commençais à me demander si je n’allais pas jeter l’éponge (oui, déjà !) renoncer à cet objectif que je m'étais lancé il y a peu d’en relire un maximum. Cela aurait plu à ma correctrice d’épouse (qu’elle soit remerciée en passant, car vous ne le savez pas, mais la lourde charge de relire mes chroniques pour que je ne passe pas pour un horrible ignare nul en orthographe lui incombe, et elle fait un merveilleux travail), qui désapprouve mon choix de chroniquer les titres de cette collection, ce en quoi elle n'a certainement pas tort.
Bref, revenons-en à nos moutons et à Shakespeare… ou pas. Car si l’histoire implique ce qui semble être les descendants des familles Duncan et Macbeth, elle s'appuie aussi sur la revenante dont la folie, à l'instar de celle de Lady Macbeth, hante l’héroïne, la possède, la tourmente afin de faire d'elle l’outil de sa vengeance...
Le rapport avec notre bon William en restera là, car il ne faut pas non plus exagérer et essayer de trouver en ce volume une histoire shakespearienne de haute volée !
Il me faut quand même vous parler de ce petit plus dont jouit le bouquin : l’ambiance fantastique propre à l’Écosse dans laquelle baignent quasiment tous les chapitres, sans que l’auteur en fasse des tonnes. Oh, oui, certes, ce sont des stéréotypes éculés – châteaux en ruines légendaires habités par son fantôme obligatoire, paysages brumeux, ciel bas… – mais pourtant, cette atmosphère est très appréciable. Et c’est plutôt plaisant de se trouver plongé dans l’histoire sans s’en rendre vraiment compte, pour finalement fermer le livre en se disant qu’on vient de passer un agréable moment.
Et n’est-ce pas cela, finalement, le plus important ?

L'auteur semble n'avoir écrit qu'un seul autre livre, paru aux Etats-Unis dans la collection "Sweet Dreams" et intitulé "Campfire Nights"... Je  vous fais une petite traduction, un dessin, ou vous aurez compris par vous-même ?


Bonus habituel, la couverture originale qui, non contente d'être plutôt sympa, colle bien à l'histoire...


Quatrième de couverture :
Au moment où elle allait s'endormir, le plancher craqua dans le couloir, derrière sa porte. Effrayée, Jennie songea immédiatement à la prière, accrochée au mur dans son vieux cadre gothique :
" Des vampires et des fantômes,
Des bêtes aux pattes velues
Et des créatures qui rôdent dans la nuit,
Délivrez-nous, Seigneur... "
En se rendant chez son amie Evelyn en Écosse, Jennie espérait vivre un été qui ne ressemblerait à aucun autre.
Malheureusement, elle ne s'était pas trompée.


Sommeil de mort, par Dale Cowan
Hachette, collection haute tension – spectres N° 201
Traduction de Jacqueline Jude
Titre original: Deadly Sleep, collection Twilight: Where Darkness Begins #1
Illustration de couverture : Richard Martens
Avril 1985. 160 pages
ISBN : 9782010095832


Sommeil de mort est ma cinquième chronique pour la collection "Haute Tension" .
Lire aussi : "Cercle infernal", "La chambre aux maléfices", "le salon de l'épouvante", "Menaces"

jeudi 2 juillet 2015

Babel 17, par Samuel Delany

J'ai Lu, 1980

États-Unis, langue anglaise, traduction langue française.


Rydra Wong, ancienne membre du chiffre et poétesse reconnue dans les mondes des cinq galaxies, se voit confier le déchiffrement d’un code qui semble impossible à pénétrer : Babel 17. Elle se rend bien vite compte qu’il ne s’agit pas d’un code, mais d’une langue à part entière. Elle, qui en maîtrise pas loin d’une dizaine – terrestres et extra-terrestres – semble cependant avoir du fil à retordre face à cette nouvelle inconnue. Elle s’embarque donc pour un voyage spatial qui, elle l’espère, l’aidera à découvrir des indices lui permettant de trouver les clés de cette langue redoutable, car utilisée par des envahisseurs avant chaque attaque vers la Terre et ses planètes.

Il y a encore quelques mois de cela, je clamais haut et fort à qui voulait bien l’entendre que je n’étais pas trop SF, même si j'ai tout de même dévoré le cycle des robots d'Isaac Asimov, l'œuvre presque intégrale de Ray Bradbury et ai sans doute lu quelques nouvelles du genre de-ci de-là dans ma prime jeunesse. On peut même pousser le vice jusqu’à inclure certains auteurs du début du siècle dernier, tel H.P. Lovecraft, dont les premières traductions en français sont parues dans la célèbre collection Présence du Futur de Denoël.
Mais mon amour pour la littérature dite fantastique, celle de l’horreur et autres histoires de fantômes, est bien plus profond, car né de la découverte d’Edgar Poe vers l’âge de dix ans et d'auteurs dont je ne dresserai pas la liste ici, de crainte qu’elle soit aussi longue qu’inutile.
Quoi qu’il en soit, je découvrais au hasard d’une chronique d’un ami (A.C. de Haenne) ce challenge Morwenna, qui proposait une liste de classiques de la SF. Ce challenge fut une sorte de déclic, un prétexte, une raison pour me plonger dans ces œuvres et parfaire ainsi ma culture dans ce genre et diable, me rendre compte à quel point c'est bien, la science-fiction !
Ainsi ai-je eu le plaisir indicible de lire jusqu’ici « Demain les chiens » et « 2001, l’odyssée de l’espace ». Ils étaient déjà sur mes étagères depuis de nombreuses années.
Pour ma troisième participation à ce challenge, je voulais lire un auteur dont je ne connaissais rien, ni le nom, ni l’œuvre. Mon choix s’est tourné vers «Babel 17 », livre trouvé au détour des rayons de mon bouquiniste préféré il y a quelques semaines.
Voilà donc qu’après cette entrée en matière indigeste et plus longue que ne le permet la raison, je vous livre mon sentiment sur cette œuvre.
L’univers de Samuel Delany est riche de descriptions pointues et précises, tant au niveau des protagonistes que des lieux, paysages et univers. C’est un véritable délice de trouvailles et un régal de lecture que de se trouver immergé dans ce monde futur, même s’il est sombre et déprimant. Les personnages sont tous dotés d'un caractère bien trempé, parfaitement exploité, que ce soit individuellement ou lors d’interaction avec les autres. Ceci pour dire que nous avons à faire là à un auteur qui maîtrise avec intelligence le processus de narration, pour nous immerger totalement dans son récit.
Il y a cependant parfois une sorte surenchère dans la description technique des actions ou des événements qui, même si elle démontre une culture imposante de la part de l’auteur, et même si elle doit certainement faire jubiler les plus matheux et les plus scientifiques d’entre nous, m’a un peu lassé et blasé. J’ai pourtant essayé de mettre en éveil tous mes neurones afin de me concentrer le plus possible, mais certains passages sont vraiment difficiles à ingérer.
Il en est d’ailleurs ainsi de la complexité du langage dont il est question dans ce livre, celui-là même qui lui donne son titre. Car il ne faut pas oublier que, derrière le côté space opera de la mission spatiale narré au fil des pages, il y a cette quête du langage, cette mission de compréhension et de déchiffrement et surtout, surtout, d’interprétation de ce qu’induit ce langage dans le comportement de ceux qui le parlent (l’enseigne), et plus encore de ceux qui l’entendent (l’apprennent) !
Et c’est là que je tire mon chapeau, bave de plaisir, et en redemande : de ce que j’ai compris (et la réserve est donc de mise), nous avons là une œuvre d’anticipation qui nous met en garde contre l’aliénation de l’individualisme face à certaines idées, mais qui nous permet aussi de nous poser la question sur l’influence que peut avoir un langage sur l’être humain quant à sa compréhension, son appréhension du monde qui l’entoure. Le déclic survient quand le personnage appelé le Boucher permet à Rydra de comprendre non pas le fonctionnement de Babel 17, mais son pouvoir et son usage. De part l'annihilation de la personnalité, de la notion du "je" mais aussi du "tu" qu'il provoque, elle réalise qu'il s'agit bien plus d'une arme que d'une langue. Je n'ai pas pu m’empêcher de transposer l'idée de la perte de ces notions sur les champs de batailles : en effet, "je" ne tire pas sur "tu", "je" ne cherche même pas à veiller sur sa propre survie. "Je" devient un élément indissociable d'un "tout" appelé une armée, ce "tout" se battant machinalement suite aux ordres donnés contre un autre "tout" appelé ennemi. Deux entités identiques qui luttent pour la même chose, sans but personnel précis, et surtout exempt de toute notion de l'individu
Ce livre qui parfois m'a ennuyé - je dois l'avouer - et pour la lecture duquel il m'a fallu beaucoup de temps, m'est devenu inévitablement un livre essentiel. L'air de rien, il m'a donné quelques clés essentielles pour aborder sous un autre angle la possibilité d'un semblant de réponse à une question que je me pose depuis de très nombreuses années : comment l'homme peut-il à ce point perdre toute notion élémentaire d'humanité quand il se trouve envoyé au front ? Comment survient cette abnégation lui permettant de tirer sur son semblable sans aucune forme de réflexion, simplement parce qu'on lui a dit que c'était un ennemi ?

En résulte, et ce sera ici ma conclusion, un livre qui se lit avec attention, qui demande parfois une concentration accrue (donc à éviter le soir après la tisane), et de ce fait remue la cervelle, ce qui fait du bien !


Samuel Ray Delany est un auteur afro-américain né à Harlem en 1942, nous apprend le net. Il est l’auteur de quelques classiques de la SF, dont Babel 17, l’intersection Einstein ou encore Nova. Il est aujourd’hui professeur d’université.


Babel 17, par Samuel Delany
J'ai lu
Traduction de Mimi Perrin
Titre original : Babel 17
Illustration couverture : Christopher Foss

4éme trimestre 1980. 284 pages
ISBN : 2277211273

http://laprophetiedesanes.blogspot.fr/

Cette chronique fait partie du challenge Morwenna's List, instigué par la prophétie des ânes.

Le challenge est terminé maintenant, mais de nombreux titres de la liste s'étant greffé à ma PàL, ce n'est pas fini pour moi !