dimanche 19 novembre 2017

Le bal des loups-garous, anthologie proposée par Barbara Sadoul

Denoël, Lunes d'encre, 1999

Langue anglaise, traduction langue française.

 


- Introduction de Barbara Sadoul :
L'anthologiste y fait un exposé sous forme d'historique du loup-garou, dans l'histoire de l'humanité tout comme au cinéma et, cela va de soi, en littérature. Agréable à lire, bien que succinct.

- Opération éfrit, par Poul Anderson
Un loup-garou et une sorcière partent en mission commando d'infiltration dans le camp ennemi pour essayer de neutraliser l'arme absolue qu'il est sur le point d'utiliser et qui le mènerait inéluctablement vers la victoire : un ancestral et terriblement puissant éfrit !
Sur le coup, j'avoue, j'ai eu un peu de mal avec le début de cette histoire. Propulsé d'entrée de jeu dans cet univers absolument débordant d'idées - où bon nombre des créatures du bestiaire fantastique apparaissent à contre-emploi - tout ça balancé à la face du lecteur sur trois/quatre pages, c'était un poil trop pour mon pauvre petit cerveau. Et puis finalement je me suis vite laissé embarquer dans l'histoire, m'amusant même lors de combats épiques entre lycanthropes, narrés avec une bonne dose d'hémoglobine et de chair arrachée ! Un loup garou apte à maîtriser son pouvoir et un univers décalé (peut-être un peu trop, finalement) : cela donne une bonne mise en bouche pour cet apéro dînatoire qui nourrit déjà bien le lecteur venant d'entamer le festin de ce recueil. Même si certain amuse-gueules laissent un goût d'étrangeté un peu amer...

The magazine of Fantazy et Science-Fiction - Septembre 1956
Première parution de "Operation Afreet"
- L'horreur immortelle, par Manly Wade Wellman
Un homme, malgré les avertissements d'un vieux barbu, se retrouve de nuit dans une vieille cabane au fond des bois. Sous le plancher de celle-ci, il trouve un tas de feuilles manuscrites et de coupures de presse qui lui révèlent l'histoire terrifiante d'un sergent de l'US army, criminel et non moins loup-garou...
C'est court, c'est efficace. Un peu classique, mais l’auteur réussit si bien à planter en quelques pages une telle atmosphère que subsiste à la fin l'empreinte du souvenir d'une chouette histoire.
Weird Tales  - Mai 1936
Première parution de "The Horror Undying"

- Coupable, par Stephen Laws.
Stuart, de retour d'une soirée plus que bien arrosée, se retrouve au fin fond de la cambrousse, par erreur, au milieu de nulle part. Un nulle part hanté par une bête qui le prend très vite en chasse ! Heureusement, la ferme Crowfast n'est pas loin...
Une ambiance terrible, une situation angoissante, une course poursuite trépidante et stressante, une malédiction familiale flippante pour une histoire ponctuée de petites touches d'humour qui valident l'excellence de cette nouvelle et qui, au final, fait d’elle une de mes préférées de ce recueil qui compte pourtant quelques joyaux…
Fear! #2 - Septembre / octobre 1988
Première parution de "Guilty Party"
- Le loup de Saint-Bonnot, par Seabury Quinn
Jules de Grandin et son ami Trowbridge sont invités par une amie à pendre la crémaillère dans une maison de campagne. Si tout se déroule parfaitement le vendredi et le samedi, il en est tout autrement le dimanche. La coupure d’électricité provoquée par une terrible tempête empêche toute activité, et la lassitude mène alors à l’incontournable séance de spiritisme. Inévitablement, un esprit mauvais est réveillé, et nos héros devront alors mener l’enquête pour élucider ce mystère et sauver leur peau.
J’attendais beaucoup de cette histoire, comme la couverture de Weird Tales qui l’illustre fait partie de celles qui ont titillé ma curiosité à l’époque où j’ai commencé à m’intéresser aux pulps américains. Je ne m’attendais à vrai dire pas à autant d’humour, ne connaissant pas du tout l’univers de Jules de Grandin (lacune grossière réparée et sujet que j’espère pouvoir approfondir avant longtemps). De l’humour qui n’empêche pas une enquête rondement menée et des séquences au suspens soutenu.
Weird Tales - December 1930
Couverture pour "The Wolf of St Bonnot"

- La Proie, par Roberta Lannes
La famille Wiggens vit au bout de la route du comté de Bradford dans une vieille maison. Quand Randall Buss s’y arrête un jour pour proposer ses services de bricoleur, tous y voient l'aubaine d'une proie providentielle. Tous, sauf Chelsea en qui Buss réveille d'autres pulsions animales, bien loin de l'appétit que provoque la présence d'un humain. Et bientôt, ce n'est plus ni la faim ni même la libido qui agissent, mais son cœur de louve.
Autant le sujet des remords sentimentaux a très souvent été abordé - parfois jusqu'à l’écœurement - chez les cousins vampires, autant il ne l’a été que peu de fois pour les loups-garous. À ma connaissance. Et ici, l’auteur nous propose un bel exemple de ces tourments que l’amour peut provoquer lorsqu’il s’immisce entre le prédateur et sa proie. Mais pas de méprise, c'est loin d’être badigeonné à l’eau de rose ! C’est fort, bien décrit et féroce, ce n'est pas du Twilight, hein !
The Mammoth Book of Werewolves, édité par Stephen Jones Robinson
Première parution de "Essence of the Beast
- Norne, par Lireve Monet
Depuis toute petite, Mary-Rose voue une admiration teintée de fascination sans bornes à sa tante Norne. Elle la voit souvent, jusqu'au jour où sa tante part vers la côte ouest, en compagnie d'un homme lui ressemblant étrangement, nommé M. Wolf. Les aléas de la vie, qui d’abord les ont séparées, les rassemblent pourtant et ce d’une étrange manière. Alors que Mary-Rose, devenue adulte, a réussi à se défaire de cette emprise qui lui apparaissait finalement malsaine, réalise que sa fille subit le même joug psychologique, mais bien au-delà de ce qu’elle-même a pu vivre !
Une nouvelle qui, à mon goût, traîne un peu en longueur et aurait peut-être mérité un peu de concision. Mais là où je vois de la longueur se trouve peut-être la mise en place d’un suspens qui m’aurait alors totalement échappé. Il n'en reste que cette histoire, malgré l’évidence du rôle que chacun tient et le manque de surprise qui en découle, a réussi à me tenir jusqu’au bout.
Weird Tales - Février 1936
Première parution de "Norn"

- La marque de la bête, par Kim Antieau
Malgré les avertissements du châtelain, Jean-Jacques Rieux s’est laissé entraîner par sa partie de chasse jusqu'à la fin du jour, et le voilà dans les bois à l'heure où les bêtes sauvages s’éveillent. Inévitablement il entend les hurlements d'un loup. Perdu, loin de tout, se sentant déjà condamné, il est secouru par un inconnu qui le guide dans la forêt. À sa grande surprise, il se retrouve rapidement aux portes du château dans lequel il séjourne, tandis que son sauveur, déjà, a disparu dans l’ombre du sous-bois. À l’heure du souper, il fait la rencontre de la jeune épouse de son hôte, Marie, qui lui semble bientôt être la victime d’un mariage malheureux.
Une belle histoire qui, même si elle est ponctuée d’éléments classiques qui laissent un sentiment de déjà vu, propose un beau retournement de situation final. Court, agréable à lire, efficace.
The Ultimate Werewolf - édité par Byron Preiss, David Keller, Megan Miller et John Betancourt, 1991
Première parution de "The Mark of the Beast"
- La main de la fille O'Mecca, par Howard Wandrei
C'est ce soir qu'Elof Bocak s'en va demander la main de Kate O'Mecca. Et ce soir, sur les collines du Minnesota, cette quête peut s'avérer dangereuse. À cause des chauves-souris. À causes des loups-garous. Mais surtout à cause du whiskey dont s’est imbibé Elof Bocak. 
Nous sommes ici plongés dans les tréfonds du cerveau de ce grand et fort paysan Finnois, comme nous vivons l’histoire à travers ses yeux, ces derniers étant plus souvent que de raison brouillés par l’alcool de maïs distillé localement. Cela confère à l'histoire un ton plutôt amusant, les passages où le héros est sous l’emprise de l’alcool étant magnifiquement rédigés, décrivant bien la déformation que l’ivresse provoque sur la perception du monde alentour. 
J’ai cependant trouvé la toute fin un peu décevante. Elle aurait peut-être mérité une dose bien supérieure d’hémoglobine, mais se termine sur l’évident et galvaudé jeu de mot qu’annonce (déjà !) le titre.
Weird Tales - Avril 1935
Première parution de "The hand of the O'Mecca"

- Le changement, par Ramsey Campbell
Don travaille pour les impôts. Il n'aime pas son boulot mais il en a besoin pour mettre de côté, dans le but d'acheter une maison avec son épouse. Ce qui le sauve, c'est l'écriture. Mais là où il habite, son bureau se trouve devant une grande fenêtre qui donne sur la rue, à l'emplacement même d'un arrêt d'autobus. Et ce n'est pas toujours facile pour Don de se concentrer...
Je me suis régalé avec cette histoire, rien que pour le descriptif détaillé du mal-être de l'écrivain perturbé par le moindre petit travers dans son environnement. Des gamins qui font la grimace, un couple qui se dispute, ou plus simplement son épouse qui, par besoin naturel de communiquer, lui parle, alors qu'il était sur le point de trouver la phrase parfaite, le sortant de sa bulle et annihilant ainsi toute inspiration. Plus l'histoire avance, plus le héros sombre dans cette psychose de la concentration, redoutant jusqu'au silence, lourd du rien qu'il apporte... Une histoire plus que chaudement recommandée par votre serviteur. (Oui, oui, il y a bien un loup-garou dedans ! Mais je ne peux en parler sans trop en dévoiler...).
Weird Tales - Eté 1991
Première parution de "The Change"
- Au sud d'Oregon City, par Pat Murphy
Jem, ancien trappeur comme son père, indien Cayuse par sa mère, vit désormais seul au fin fond de nulle part, à trois jours au sud d'Oregon City. Mais ce soir c'est la fête, c'est pourquoi il s'est rendu à la ville pour écluser quelques whiskeys avec ses anciens compagnons et regarder les filles danser. Il ne comprend pas les filles. Et il s'en moque. Pourtant, quand il aperçoit cette jeune femme habillée en homme, qui semble défier le monde et ses règles préconçues, il se sent attiré comme un aimant. Et sans qu'ils s'en rendent véritablement compte, ils se rapprochent l'un de l'autre avec toute la simplicité du monde...
Magnifique histoire, simple, si simple, comme devrait être le respect des autres, l'amour de son prochain, la tolérance. Simple et pourtant si magnifiquement écrite, qui se dévore avec une telle délectation qu'on regrette qu'elle ne fasse que si peu de pages, même s'il eut été difficile d'en faire plus. Une dernière histoire qui conclut brillamment cet excellent recueil. 
The Ultimate Werewolf - édité par Byron Preiss, David Keller, Megan Miller et John Betancourt, 1991
Première parution de "South of Oregon City"



Par un intelligent mélange d'époques et de genres, Barbara Sadoul nous invite par le biais de cette anthologie à un tour d'horizon de la lycanthropie littéraire. Elle m'a permis de découvrir quelques joyaux, dont certains émanant du légendaire pulp américain Weird Tales, de belles et touchantes histoires, qui montrent que ce mythe de l'homme-loup n'est pas obligatoirement lié à la barbaque sanguinolente, aux chasses sauvages et aux hurlements à la Lune. Un beau travail - mais Madame Sadoul ne nous a pas habitué à autre chose ! - que cette anthologie lupine.


Cette chronique fait partie du challenge "Lunes d'encre" proposé par le blog Les Murmures d'A.C. de Haenne V2.

Le bal des loups-garous, anthologie proposée par Barbara Sadoul
Denoël, collection Lunes d'encre n°5
Traductions : Pierre-Paul Durastanti
Illustration couverture : Jeam Tag
Octobre 1999. 288 pages. 17,80 euros
ISBN : 9782207247259

La terreur des Tongs, par Jason Dark

Haute Tension, collection Spectres John Sinclair - Hachette

Allemagne, langue allemande, traduction en langue française.


Le vieux Mahdi, grand prêtre qui a voué sa vie à la déesse Kali, est sur le point de mourir. Mais il peut obtenir l'immortalité si son homme de main, le docteur Rasana - aidé de ses six serviteurs, les tongs - lui rapportent les têtes des pires ennemis de la déesse, afin qu'elle puisse changer son collier. Ils ont sept jours pour accomplir leur mission.
Quand le corps décapité de Malcolm Dunnings, inspecteur à la brigade des stupéfiants, est repêché dans la Tamise, Scotland Yard fait appel à Jason Dark et son acolyte Pang Lim pour enquêter. Non que la victime manqua d'ennemis, mais le caractère rituel de son assassinat nécessite leur intervention...

Je suis masochiste. Après la lecture de l'effroyable "vampires en pire", j'aurais pu définitivement abandonner cette collection Haute Tension. Mais je suis un masochiste têtu. Alors j'insiste lourdement et y retourne. Et non content d'en reprendre une louche, je persiste avec un nouveau titre de la série "John Sinclair".
Après la bonne bosse de rire provoquée par cette couverture improbable à l'effigie d'un Keupon/iroquois/extra-terrestre aux couleurs fluo ignobles, je me suis résolu à plonger dans cette nouvelle aventure.
L'adage dit "il ne faut pas juger d'un livre à sa couverture"... Mais parfois, quand même, il ne faut pas prendre en compte la pseudo grande sagesse de ces adages et suivre son instinct qui nous dit de fuir avant qu'il ne soit trop tard !
Ça commence pourtant plutôt bien, l’idée est pas mal, le style est bon (ce n'est pas le même traducteur que vampires), même s'il nous est donné dès le départ de connaître le coupable (c'est une méthode qui a déjà fait ses preuves, mais qui n'est efficace qu'entre des mains de maître) et l'action du premier crime est plutôt bien menée. Mais bientôt, nous avons à faire face à un grand n'importe quoi ponctué de petites aberrations, pour finalement aboutir à un beau gâchis. Nous avons même droit à un semblant de rebondissement tellement évident qu'il remet la palme de l'amateurisme à ce détective de l'ombre qui, au lieu de tomber dans un piège aussi grotesque, aurait mieux fait d'y rester... dans l'ombre. Il n'y a pas réellement d'enquête, juste un mélange d'événements qui mène par hasard au dénouement... Dommage ! Ce livre aurait pût être au mieux distrayant. Au suivant...


Jason Dark, pseudo obscur de l'écrivain allemand Helmut Rellergerd, est le créateur de John Sinclair, chasseur de spectres. Sa série comptant aujourd'hui plus de 1800 titres, est adaptée en version audio et connait une carrière internationale incroyable. Une petite visite sur ce site germanique vous fera comprendre l’ampleur de cette série mythique.

Bonus habituel, la couverture originale allemande (par Vicente Ballestar), bien plus jolie à mon gout que la version française !

Quatrième de couverture :
La fenêtre s'ouvrit violemment pour livrer passage à une silhouette terrifiante qui bondit dans la pièce et se rua sur la jeune Indienne.
John Sinclair comprit tout de suite qu'il avait affaire à un " Tong ". Le coutelas que celui-ci tenait entre ses dents en disait long sur ses intentions meurtrières. Deux petites têtes de mort dansaient au fond de ses pupilles.
Plus de doute, les fidèles de la déesse Kali avaient envahi Londres pour rechercher les têtes humaines qui devaient orner le collier de leur redoutable maîtresse.

La terreur des Tongs, par Jason Dark
Hachette, collection Haute Tension – Chasseur de Spectres N° 242
Traduction de Alain Royer
Titre original: Terror der Tongs
Illustration de couverture : Jean-Jacques Vincent
1988. 158 pages
ISBN : 9782010132230


La terreur des Tongs est ma septième chronique pour la collection "Haute Tension" .
Lire aussi : "Cercle infernal", "La chambre aux maléfices", "le salon de l'épouvante", "Menaces", "Sommeil de mort", "Vampires en pire"


mardi 14 novembre 2017

L'invitée de Dracula, par Françoise-Sylvie Pauly

Denoël, Lunes d'encre, 2001

France, langue française.

 

Mina, Jonathan Harker et leur fils Quincey vivent relativement heureux, loin des tourments de l'effroyable aventure qu'ils ont affronté, même si très souvent Mina repense à la perte de sa meilleure amie Lucy, et surtout aux conditions de sa disparition.

Arthur Godalming quant à lui a épousé une française, Louise, et c'est à Whitby que le jeune couple a élu domicile.

Suite à la réception d'un courrier émanant de Van Helsing lui parlant d'un étrange tableau découvert dans des conditions très particulières, Jonathan part en Allemagne. En compagnie du docteur, ils vont mener une  enquête afin de découvrir si ce prince Transylvanien représenté d’étrange manière sur le tableau, Vlad Tepes, peut avoir un quelconque lien avec celui qui fut leur terrible ennemi : le comte Dracula.

Tandis que les besoins de l’enquête les obligent à retourner au fin fond de la Transylvanie, dans le château même où Harker a vécu de sombres heures et côtoyé la mort, Mina se rend en compagnie de son fils à Whitby, pour rendre visite à ses amis.

C'est lors d'une promenade sur les bords des falaises de cette ville magnifique qu'elle fera la connaissance d'une étrangère au charisme envoûtant qui, bientôt, la fera plonger dans une nouvelle aventure pleine de terreur et de rebondissements... 


Élaboré sur le même principe que le célèbre roman dont il fait suite - mélange de journaux intimes, correspondances et articles de presse - L'invitée de Dracula est une séquelle des plus intelligentes, dotée d'excellentes idées, que le style (les styles, devrais-je même dire, tant l'auteure sait en changer en fonction du protagoniste qu'elle fait parler ou écrire) employé nous accroche pour nous entrainer dans les méandres de ce roman vraiment captivant.

Le principe de donner une suite au roman gothique le plus populaire n'est pas nouveau, moult écrivains s'y sont frotté. Et s'il me faut n'en citer qu'un, ce sera Dacre Stoker, arrière-petit neveu de Bram Stoker qui, avec son roman Dracula l'immortel - que je n'ai toujours pas lu, haha, il va falloir remédier à ça vite fait, mon petit ! - signe la seule suite officielle autorisée et reconnue par la famille de l'auteur. Non, le principe n'est pas neuf, ni dans le fond, ni dans la forme. Mais je trouve que Françoise-Sylvie Pauly s'en sort plus que brillamment. Et pour valider le propos, je vais même prendre en exemple une petite anecdote personnelle : Dracula, j'ai eu beaucoup de mal à accrocher. Pour être honnête, j'ai même trouvé le début un peu longuet (pour rester le plus poli possible, et ne pas non plus tomber dans l’excès qui me caractérise). Eh bien il en a été de même avec cette invitée de Dracula ! Les premières pages qui ouvrent le roman - c'est-à-dire le journal de Mina - m'ont un brin blasé. Mais, miracle de la littérature et récompense de la persévérance, bientôt le drame éclate, et nous versons alors dans une passionnante histoire qui nous fait voyager, comme l'avait réussi précédemment Stoker, dans une course contre la montre à travers l’Europe...Avec le recul, et dans la réflexion qu'oblige la rédaction de cette chronique, je suis même à me demander si le côté un peu léger (et du coup un peu ennuyant) du début n'est pas dû au fait, dans les deux cas, qu'il s'agit du journal de Mina, racontant son quotidien. Et que ce quotidien de femme de la fin du XIXe peut vite s'avérer barbant. Bref.

Tout le long du roman, qu'il soit amateur découvrant le genre vampirique ou le plus grand connaisseur, qu'il soit néophyte ou érudit sur l'histoire de Vlad Tepes, quelque soit donc son niveau de culture vampirique, le lecteur se régalera.La variété des styles, la richesse de la description des lieux qui nous transporte à travers ces contrées aux paysages si contrastés, l'allusion au mythe de Dracula, de Vlad Tepes, mais aussi les rapports directs à l’œuvre de Stoker, font de ce roman une belle réussite. L'historique des "fiancées" du comte, comme il est de coutume de les appeler, et l'utilisation qui en est faite par Françoise-Sylvie Pauly est simplement extraordinaire ! Outre la maitrise de son sujet, elle a su insuffler ce qui se devait pour faire de son roman un véritable moment de plaisir. Même s'il y a parfois de-ci, de-là un petit truc qui interpelle, c'est quasi un sans faute. Mais la toute fin m'a laissé perplexe, me laissant clore l'ouvrage avec ce petit "dommage" tintant dans mon crâne... Sans doute une fin qui appelle une éventuelle suite, entrouvrant ainsi la porte d'un futur tome. Mais je la trouve de ce fait que peu convaincante. Il ne faut pas cependant se méprendre : bondissez sur ce livre si vous le croisez un jour, vous ne le regretterez pas !

 

L'invitée de Dracula : ce titre est un clin d’œil à l'introduction que Bram Stoker a écrit pour son roman, retirée car jugée inutile et alourdissant le rythme, publiée à titre posthume dans un recueil de nouvelles puis ré-introduite dans les éditions les plus courantes de Dracula. Intitulée L'invité de Dracula, au masculin donc, elle est une belle entrée en matière, contant le périple d'un voyageur durant la nuit de Walpurgis, ses terreurs et la façon dont il est mystérieusement sauvé d'une mort certaine.

Dans le roman dont il est question ici, il y a bien une invitée dans le château de Dracula. Elle est même un personnage plus qu'important, car central. Sauf que là, je viens déjà d'en dire trop...


Comme beaucoup de livres couvrant les étagères de ma bibliothèque, ce roman a sa petite histoire qui - même si elle n'est pas des plus captivantes - il me plait de vous conter.

J'ai des périodes d'achats impulsifs, surtout quand il s'agit de livres. Mon épouse vous dirait que cette période se déroule toute l'année, mais j'essaye de me soigner. Au-delà de ces périodes qui couvrent ainsi mes étagères de livres - et à cause desquelles je vais devoir signer un pacte avec le diable pour devenir immortel afin de pouvoir tous les lire - je suis frappé fort souvent de regain d’intérêt pour un sujet particulier. Et celui concernant les vampires, surtout Dracula, tient sans aucun doute possible le haut du panier. Ainsi donc, lors de ces crises vampiriques, j'achète des livres (et des affiches des films de la Hammer, même si les prix prohibitifs pratiqués ces dernières années m’empêchent d'assouvir ma collectionnite aiguë dans ce domaine). Donc, un jour, il y a déjà quelques temps, je revenais de chez les bouquinistes de St Michel à Paris avec quelques ouvrages d’intérêt. Cet exemplaire de L'invitée de Dracula en faisait partie. Et - vu ce qu'il en est de l'accumulation de livres tout de même - je dois dire que je ne l'avais jamais ouvert avant ! Avant que ce Challenge Lunes d'encre ne soit lancé et que je me décide de ce fait à le lire, enfin ! Quelle ne fut donc pas ma surprise de découvrir en page de garde rien de moins qu'un dessin original de Pascal Croci, créateur du projet de la couverture ! Je ne peux donc que partager ce plaisir avec vous en le reproduisant ici, pour satisfaire vos yeux toujours à l'affut de belles choses...

Dédicace perdue à l'intérieure du livre...
Dédicace perdue à l'intérieure du livre...

J'ai donc essayé d'en savoir un peu plus sur lui. Et je découvre qu'il est aussi le créateur de plusieurs BDs liées aux vampires : Dracula (coécrit avec Françoise-Sylvie Pauly !), Elizabeth Bathory et Carmilla, puis tombe sur ce site internet où sont proposées des illustrations et des peintures originales, dont celle qui a servi à Benjamin Carré pour réaliser la couverture. C'est donc en partageant cette dernière que je termine cette chronique :

Peinture originale de Pascal Croci
© Pascal Croci


Cette chronique fait partie du challenge "Lunes d'encre" instigué par le blog Les Murmures d'A.C. de Haenne V2.

L'invitée de Dracula, par Françoise-Sylvie Pauly
Denoël, collection Lunes d'Encre N° 24
Illustration couverture : Benjamin Carré, d'après un dessin original de Pascal Croci

Septembre 2001. 368 pages. 20,85 euros
ISBN :9782207252239

lundi 4 septembre 2017

Un jeune homme éventré, par FanXoa

Archives de la Zone Mondiale, 2017

France, langue française.


Violence.
Violence des mots. Violence des images que ces mots provoquent dans le crâne de celui qui les lit.
Violence de ces images, de viande, carcasses de porc, carne putride. Carcasses sur des crochets de boucher.
Violence des visions de tortionnaires impartiaux, torturant l'esprit de celui qui a, sur les pages, fait couler son encre pour ne pas faire couler son sang. Répandu sa colère sur les feuilles pour ne pas répandre son cerveau sur les murs.
Violence des tortionnaires avides de douleurs physiques, scarifications, brûlures. Tortionnaires affamés de douleurs psychologiques, qui se prénomme Charlotte ou qui se nomme folie.
Folie latente, sournoise, qui guette François, l'effleurant à peine, pour brutalement lui arracher les boyaux.
Folie omniprésente, qui fait sombrer au plus profond du néant, mais pas assez pour empêcher la conscience de refaire surface. Conscience du néant. Lobotomie. Avec l'espoir vain de ne plus souffrir. Nada. Souffrance. Nada.
Attirance physique. Sexe, masochisme, plaisir de la chair dans la douleur. Garçon ou fille, cela ne reste que chair, éveil des sévices, éveil des supplices, désirs ardents, toujours pourtant en revenir au sang, à la destruction, à la mort.

Des pages qui se suivent, lambeaux d'histoires, pas même des nouvelles. Des cris arrachés par FanXoa, des tentatives d'amputation de son mal-être, pour tenir, pour dans l'écriture trouver un rempart au passage à l'acte. L'acte de destruction. L'acte d'auto-destruction.
Des pages d'où transpirent les prémisses les plus noires de ce qu'a pu être le Bérurier Noir de Pali-Kao, de Nada et de Macadam Massacre. Le journal d'un garçon qui s'éventre pour étaler ses tripes et s'exploser le cerveau à l'aide des grenades que dégoupillent ses mots...
J'ai, pour marquer les emplacements des passages forts ou les illustrations marquantes, utilisé des petits post-it. Jaunes, roses et bleus. Des marqueurs qui jalonnent l'ouvrage, éparpillés dans la noirceur qui couvre ces pages. Jalons bariolés qui n'atténuent en rien la force des claques que ces passages m'ont foutu dans la tronche. Tentatives avortées, pour faire semblant de ne faire que lire. Faire comme si tout cela n'était que de la littérature... Croire qu'on n'est pas touché. Pas affecté. Pas concerné. Faire semblant de ne pas entendre les cris que mes propres souvenirs poussent au plus profond de mon être. Simulacre. Faire semblant de ne pas sentir la vérité. Celle de la déroute, du malaise, qu'on a vécu à l'âge qu'avait FanXoa quand il écrivait.
Chaque "histoire", jamais plus longue que cinq ou six pages, est indépendante. Même si des personnes, des mots, des événements, des idées, des traumatismes sont récurrents.
Un livre qui pourrait dans l'absolu se lire d'une traite. Si les pages qui le constituent n'étaient pas pleines de ces mots sombres, de ces phrases choquantes, de ces bouleversantes éviscérations qui nous éclaboussent. Un livre à cœur ouvert qui répand le sang de son auteur sur nos mains et que l'instinct de préservation, de survie même, nous oblige à fermer pour reprendre plus tard. Un livre qu'il faut lire aussi en plusieurs fois pour en apprécier la saveur, une œuvre qui se doit d'être dégustée petit à petit. Pour s'imprégner de chacun des mots, chacun des passages qui forment les "histoires", chacune des illustrations qui introduisent ou ponctuent les textes.
Je n'ai pas de recommandation à faire. Vous n'êtes pas obligé de me croire.
Mais si vous voulez lire quelque chose de tout à fait extra-ordinaire, si vous vous sentez le courage de plonger les mains dans les viscères, si la vue de carcasses sanguinolentes ne vous fait pas peur, lisez ce livre. Si vous avez grandi au son des Bérurier Noir, si vous avez passé de longues nuits blanches à vous torturer l'esprit dans d'inextricables malaises existentiels, lisez ce livre. Si vous n'êtes pas réfractaire à une forme d'art glauque, malsain, sombre, repoussant et pourtant attirant à un point extrême, lisez ce livre.
Des histoires courtes, des illustrations chocs, qui confèrent à cet ouvrage, véritable œuvre d'art, un caractère inclassable, un format particulier entre le recueil de nouvelles, le carnet de notes et le journal d'un homme.
Jeune.
Éventré.


J'ai découvert l'existence de ce livre - alors en précommande - lors de l'une de mes premières pérégrinations sur le web, il y a quelques mois, quand le désir ardent de me replonger dans l'univers des Bérus s'est fait sentir. Certaines personnes autour de moi voient mon intensif retour à cette époque - où le rock français indépendant explosait à la face de la bourgeoise variété - comme la crise passagère d'un quarantenaire nostalgique. Il n'en est rien : il s'agit bien là d'un vital et essentiel retour aux sources de ce qui a construit ma vie, un nécessaire besoin de revenir aux fondamentaux de ce que je suis vraiment et non ce que le temps a voulu que je laisse paraître.
Aujourd'hui, alors que je me suis mis à enregistrer tout seul mes "petites chansons à la con" - sous mon pseudo d'époque Chris Deurire - je me dis que j'ai loupé quelque chose. Il est sans doute trop tard. Pour moi. Mais il est toujours temps de faire écouter ces groupes incontournables à la jeune génération. Il est urgent même de partager notre colère avec elle !
Car la jeunesse se doit d'être en colère pour exister, pour résister. Et la colère est parfois lourde à porter, car elle est pleine d'incompréhension. Incompréhension du monde qui nous entoure, incompréhension des autres, incompréhension de son corps, incompréhension de soi.
Lire ce livre, c'est finalement peut-être mieux comprendre, mieux analyser le malaise qui nous habite, en plaçant les mots là où se trouvent les douleurs. Un exutoire à nos propres tendances suicidaires...

FanXoa, c'est François, chanteur des Bérurier puis cofondateur des Bérurier Noir avec Loran. Il est aujourd'hui docteur en histoire et chercheur pour l'Institut d'Asie Oriental au CNRS. Ce qui n'a rien d'étonnant quand on connait sa passion pour le Japon, omniprésente dans son œuvre.
Les Bérurier Noir, malgré une mort clinique, survivent pourtant, grâce au label "Archives de la Zone Mondiale" car, outre le catalogue complet des albums, ce label indépendant propose une série de 45t  Dérives Mongoles, inédits et remix tirés de leur dernier album Invisible. Le deuxième single de cette série vient de sortir, il est dispo sur le site.
Mais ce label est aussi une maison d'édition... et c'est sous son nom qu'est sorti Un jeune homme éventré !

C'en est assez pour cette chronique atypique, car rédigée pour une œuvre atypique.
Il pourrait y avoir encore beaucoup à dire sur cette époque. Il reste en tout cas beaucoup de choses à découvrir ou redécouvrir...
Ressortez vos vinyles, écoutez du rock, faites des groupes ou, à défaut, encouragez les groupes locaux.
Et n'étouffez jamais plus votre colère.


Un jeune homme éventré, par FanXoa
Archives de la Zone Mondiale, 2017
Création couverture : Bruno Bartkowiak et PariA
Introduction de Virginie Despentes
Illustrations intérieures : FanXoa

Dépôt légal : Mai 2017. Sortie en Août 2017. 137 pages. 15 euros
ISBN : 978-2954888026

mercredi 7 juin 2017

Vampires en pire, par Jason Dark

Haute Tension, collection Spectres John Sinclair - Hachette

Allemagne, langue allemande, traduction en langue française.


Alors que le « Vampire express » s’ébranle, pour partir dans les lointaines contrées transylvaniennes, se glisse parmi les passagers John Sinclair, le fameux et redoutable chasseur de spectres. Il y est rejoint par le jeune Dragan Domescu, fils d’un vieil ami de notre héro, roumain d’origine. Car ce qui ne semble à l’origine qu’un original voyage vers le pays des légendes s’avère bien vite être un véritable piège pour tous les passagers de ce train qui porte si judicieusement son nom…

Fermeture des portes imminent. Les voyageurs sont invités à rejoindre leur cabine afin de faire ce voyage en compagnie de monstres assoiffés de sang et ce, durant 150 pages…
Nous sommes pour cette petite virée accompagnés par John Sinclair, qui a bien entendu pris soin d’embarquer avec son attirail fétiche (crucifix, pieu en chêne et Beretta à balles d’argent), mais cette fois sans son acolyte Pang Lim, inspecteur chinois et néanmoins chasseur de spectres itou. Ce dernier est déjà au terminus, muni de ses armes favorites (crucifix, pieu en chêne et Beretta à balles d’argent), à attendre que le train arrive, en compagnie d'un homme roumain dont le fils se trouve dans le train.
Le fils a pris son billet pour bouffer du vampire, avec son arme favorite (un pieu en chêne, ça lui suffit) et la ferme intention de venger sa mère, tuée par des vilains vampires dans son pays natale…
Et les vilains vampires, bien évidemment, ont eux-mêmes embarqué dans le train, soigneusement rangés dans leurs cercueils, pour aller rendre hommage à leur aïeule Lady X, jetée dans la tombe par le papa Domescu…
Il te semble, ami lecteur, que point comme une certaine ironie dans mon propos ? Judicieux et perspicace lecteur, oui, ton œil alerte et connaisseur a vu juste.
Nous sommes là avec un chef d’œuvre de stéréotypes vampiriques et d’idioties monumentales, servies par une écriture à la limite de l’indigeste. Pour accentuer le sens du rythme, surtout lors des scènes d’action, nous avons droit à des phrases courtes (cinq/six mots, pas plus), qui hachent le texte déjà si menu que cela en devient vite barbant.
Nous avons aussi droit à l’inévitable idylle, dont le dénouement est tellement téléphoné que son numéro figure en gros sur la couverture de l’annuaire !
Le tout est ponctué de scènes gores et de phrases depuis lors devenues cultes et en bonne place dans mon panthéon de la stupidité, comme ce dialogue :
 « Vous... vous voulez me tuer ?
- Tu as deviné.
- Mais... c'est impossible. Vous ne pouvez pas ! C'est un assassinat..."

Bref, heureusement que ce genre de livre se lit vite. Il n’a droit à sa chronique uniquement parce qu’il fait partie de la collection « Haute Tension »…
Quand je pense que l’ado que je fus en avait apprécié la lecture...


Jason Dark, pseudo obscur de l'écrivain allemand Helmut Rellergerd, est le créateur de John Sinclair, chasseur de spectres. Sa série compte aujourd'hui plus de 1800 titres, est adaptée en version audio, et connais une carrière internationale incroyable. Une petite visite sur ce site germanique vous fera comprendre l’ampleur de cette série mythique.

Bonus habituel, la magnifique couverture originale allemande (par Vicente Ballestar), bien plus jolie à mon gout que la version française !

Quatrième de couverture :
Je me faufilai dans le fourgon à bagages.
Les cinq cercueils étaient bien là, correctement alignés. Peints en noir, luisants et... ouverts !
Les ignobles créatures de la nuit avaient quitté leur macabre refuge pour se disperser dans le train, bien décidés à transformer tous les pauvres voyageurs en monstres avides de sang.
La partie promettait d'être rude.
Un vampire ça va, cinq vampires... bonjour les dégâts !

Vampires en pire, par Jason Dark
Hachette, collection haute tension – Chasseur de Spectres N° 234
Traduction de Monique Leiden
Titre original: Vampir-Express
Illustration de couverture : Richard Martens
Avril 1987. 150 pages
ISBN : 9782010130038


Vampires en pire est ma sixième chronique pour la collection "Haute Tension" .
Lire aussi : "Cercle infernal", "La chambre aux maléfices", "le salon de l'épouvante", "Menaces", "Sommeil de mort",